Nous sommes le 15 juillet 2025, 37 SA +3, alors que j’entame une 17e journée avec des démangeaisons intenses, souffrant d’un PUPP de grossesse sévère, j’attends l’appel de la maternité qui discute de notre dossier ce matin.
10h, l’appel arrive, ils veulent me voir aux urgences.
Ce matin-là, je ne sais pas quelle journée m’attend mais au fond de moi, je le sais.
Victor part chez son rendez-vous de coiffeur pour 9h, il revient magnifique, au fond de moi je le sais, il va rencontrer sa fille lui aussi.
Nous fermons la porte, je sens que je dois tout regarder car quand je la rouvrirai nous serons 4.
Nous démarrons, je me sens très bien mais mon petit cœur espère tellement que mon instinct est le bon pour ne pas tomber de haut. Victor le sent, il fait son clown, me rassure, est tactile, je me sens aimée, accompagnée.
Nous arrivons aux urgences. Je n’ai le temps que de dire « Je suis Madame X » que la sage-femme me répond : « Oh oui Madame, le médecin vous attend. »
Je tombe sur une gynécologue qui commence par me communiquer tous les risques.
« J’entends votre douleur, je la vois. Je dois aussi vous dire que votre bébé peut encore avoir besoin d’aide à la respiration, que 3 semaines de vie in utero sont très importantes pour la maturation des poumons. »
Elle me regarde dans les yeux et me dit :
« C’est vous qui choisissez maintenant, je suis là, je validerai votre décision car je vous vois et je veux que vous soyez en phase avec tout ce qu’il se passe. »
Mon cœur s’emballe, je lui redemande une écho pour savoir si mon bébé va bien, si elle peut sortir en bonne santé.
Elle me dit que ma fille va très très bien et qu’elle peut sortir sans problème, que si mon travail avait commencé elle serait déjà là sans prématurité.
Alors je lui dis :
« Oui, je le veux, je veux avoir ma fille dans mes bras et retrouver mon corps en pleine forme. »
Elle me sourit, touchée, émue. Elle me dit qu’elle va regarder le col pour savoir comment s’organisent les choses.
Victor et moi sommes invités dans une chambre de pré-travail.
Ça y est, c’est là, c’est pour aujourd’hui.
Lorsque l’on est tous les deux, je me remplis de larmes, des larmes de soulagement, des larmes de bonheur. Ils m’ont écoutée, comprise, ce soir je dors très certainement avec mon bébé.
Une sage-femme arrive, Laurine. Merveilleuse. Une personnalité de fonceuse mais tellement rassurante. Elle m’explique tout.
Mon col est favorable au Propess, le tampon. Elle revient 5 min après avec.
Elle reste avec nous 30 min assise, à me caresser la main et m’expliquer la beauté d’un accouchement en siège. Elle revient immédiatement avec des aiguilles d’acupuncture pour soulager mes démangeaisons.
Elle est maternelle, je me sens bien.
Ils doivent me poser un cathéter mais avec toutes mes plaques, pour mon bien-être ils appelleront une infirmière anesthésiste pour ne pas devoir piquer 10 fois.
Le cathéter est posé. Le tampon est posé à 11h55.
Aucune douleur. Elle sort de la pièce pour nous laisser ensemble.
Ça y est, ma fille, on va bientôt se rencontrer.
Très vite, au bout de 10 min je sens que le travail se met en route. Je propose à Victor de sortir vite chercher à manger car je le sais, c’est parti.
Victor pense avoir le temps mais très rapidement mes contractions deviennent intenses. Elles ne sont pas montées crescendo, elles sont arrivées.
« Allez les chéries, je suis là, on va le faire ensemble et rapidement car on a assez souffert. »
Victor tourne la tête sur le monitoring et voit les montagnes arriver. Je commence à souffler. Il ne cherche pas, il court chercher un repas.
Pendant ce temps, je prends mon casque, mon masque sur les yeux et je choisis de me mettre l’audio d’hypnose Jour J. J’avais un réel besoin de projection. De cocon, de bulle, de confiance. Bonheur incroyable, il a parfaitement fonctionné.
Vic revient, je ne tiens plus allongée. Je suis sereine, le travail est là. Il appelle la sage-femme pour qu’on me retire le monito. Elle me demande si je suis sûre de vouloir aller en chambre, elle voit que le travail a bien commencé et elle me propose de rester là ou de prendre un bain.
Je lui explique avoir envie d’installer mon cocon en chambre, de prendre le temps là-bas, de voir ce petit berceau vide et de l’imaginer rempli ce soir.
Elle comprend, elle me conduit à ma chambre.
Wow ça y est, il est là ce petit berceau, ma fille, elle sera dedans ce soir, je le sais.
Il est 14h, Victor s’occupe parfaitement de tout, je n’ai rien à dire, il installe les guirlandes LED, le casque pour les audios de Manon, me sort le bandeau pour les yeux, l’huile de massage, le ballon. Il est là, à chaque contraction, collé à moi, à me dire des mots d’amour.
À chaque contraction il initie une nouvelle technique apprise : massage, acupression, étirements. Il y a de l’amour dans notre chambre, beaucoup d’amour. C’est si doux, si beau. Je me sens bien.
À chaque contraction je visualise mon bébé descendre par les fesses, je lui parle, on est ensemble.
Une équipe de SF de maternité curieuse arrive. Je les entends discuter avec Victor. Un peu trop présentes à mon goût, je ne les regarde pas et n’écoute pas. Victor m’expliquera ensuite qu’elles sont venues pour dire que je gérais merveilleusement bien et étaient curieuses de mes techniques qui semblaient être parfaites (merci Manon).
15h, le travail est de plus en plus installé. Mes contractions me bloquent les jambes. Une sensation de crampes intenses dans les jambes et les fesses en plus des contractions. Pourtant, je m’applique à bien rester molle et souple pendant chacune d’elles.
16h. Je sens que ça s’accélère. Victor appelle pour demander un bain chaud, je n’ai rien à dire. Il me prend la main, prend le sac de naissance, ça y est on est partis.
Quand je rouvrirai cette porte, mon bébé sera dans mes bras.
Je mets un petit temps à arriver aux urgences, mais je me sens parfaitement bien dans l’intensité de ce qu’il se passe. Je suis avec elle, je lui transmets mon amour, elle arrive, c’est magique.
Je dois m’arrêter plusieurs fois pour atteindre les urgences. En pleine journée on croise du monde, mais je ferme les yeux et j’oublie tout.
J’arrive en maternité, j’ai envie de faire pipi. Je ne pense qu’à ça mais impossible, je n’y arriverai pas tant mon corps contracte.
Je me glisse dans le bain, magique encore. Mes crampes s’en vont.
D’une douceur incroyable.
Je n’ai plus qu’à gérer ces vagues qui m’embarquent. Je me sens bien. Victor s’installe près de moi, il est là, bien présent.
À ce moment, je ressens le besoin d’arrêter les audios et de mettre de la musique douce. On avancera 3h comme ça. Ensemble, dans la douceur et l’intensité.
18h30, je sens une angoisse monter. Je me répète : « tout va s’accélérer bientôt, il faut demander la péri ». Victor me rassure et me dit que je gère, que je peux avoir confiance en moi. Je ne sais l’expliquer mais je savais au fond de moi tout ce qui arrivait. L’instinct.
Je lui explique que je suis en train d’uriner dans le bain et qu’il faut vite qu’il enlève l’eau avant que la sage-femme le voie. Il rit mais il le fait, il retire l’eau, me rince et remet de l’eau. Je suis soulagée que la sage-femme n’ait rien vu. (On en rira ensuite.)
19h : il vient de se passer quelque chose en moi. J’ai senti un énorme crac, j’ai même l’impression de l’avoir entendu. Immédiatement mon instinct sait, elle arrive.
Je sors légèrement de ma bulle pour discuter avec la sage-femme. On monte de 10 crans niveau intensité. C’est wahou. C’est fort. C’est puissant. Elle veut refaire un monito, je refuse. Elle me demande si je veux voir où j’en suis, j’accepte. Elle dit à haute voix que je suis « à un bon deux ». Ça ne me fait rien car je le sais, mon bébé arrive.
« Je ne sens plus la poche, elle vient de rompre. »
Je demande l’anesthésiste le plus vite possible : l’intensité m’embarque de nouveau dans mon monde.
Tout est fort, puissant, extrêmement intense, je suis en connexion avec ma fille. On est installés en salle de naissance, la verte, celle où j’ai mis au monde mon premier enfant, celle qui a une douce odeur de bonheur.
Chaque contraction devient incroyablement puissante, encore plus que la précédente que je pensais déjà maximum. À chaque contraction, mon corps tout entier pousse vers le bas, je ne fais plus rien, ça pousse si fort que je me vide de liquide.
Je m’excuserai à chaque contraction de « faire pipi partout ». L’ambiance est sereine, je sens que ceux qui m’entourent rigolent à mes excuses mais sont bien présents pour moi dans la bienveillance et le respect.
On me demande de m’asseoir, je leur explique que je ne le ferai que quand l’anesthésiste sera là.
Je ne peux plus parler, je sens une contraction monter si fort qu’elle me fait sortir un cri qui me surprend moi-même. Celles qui s’enchaîneront seront de plus en plus intenses. Je sens mon bébé, il est là, mon corps pousse si fort.
J’ai besoin d’être touchée, j’ai besoin de mains pour serrer très très fort, j’ai besoin de m’accrocher à quelque chose.
L’anesthésiste arrive, elle comprend. Elle fait très vite car pour un bébé en siège il est raisonnable de poser la péri.
Une force inimaginable m’envahit. La péri est dure à poser mais je tiens 4 bonnes contractions sans un mouvement, je le sais je dois partir loin loin loin pour être soulagée. Je m’imagine en hauteur, avec mon bébé et je lui parle encore.
Je plonge dans les yeux de Victor, si bleus, je ne les avais jamais vus si beaux, si brillants, si remplis d’énergie.
Chaque vague est incroyablement puissante, je crie mais je ne contrôle plus rien, mon corps entier est en train de sortir ce bébé. Mon bébé.
La péri est posée, l’anesthésiste n’est pas rassurée. Elle pense qu’elle est mal posée.
On mettra 6/7 contractions pour m’apaiser… les plus intenses de toute ma vie.
Une fois tout apaisé, on m’examine rapidement : « Wow, je n’ose pas le dire mais je crois que vous avez fait un travail magnifique, vous êtes à dilatation complète. » Mes yeux se remplissent de larmes, je suis fière, je me sens puissante.
La sage-femme demande confirmation à la gynécologue car pour un siège c’est différent. La gynécologue arrivera avec une douceur inimaginable et me répète :
« Wow, vous ne faites pas les choses à moitié, vous êtes passée de 2 à 10 en 20 min. »
L’anesthésiste reste avec moi, elle me caresse le bras, je ressens de la douceur, elle veut m’apaiser suite à cette puissance extrême. Elle revient avec de l’auriculothérapie et de l’acupuncture :
« C’est pour vous mettre dans un cocon de bonheur avant l’arrivée de votre petite fille. »
Vic en profite pour faire un petit pipi. Et il revient mort de rire car bien sûr elle a piqué en plein milieu du front. On me surnomme donc la licorne pendant 5 min. Mais que je me sens bien.
L’auriculothérapie et la péridurale me font rentrer dans un état de bonheur extrême. Je demande à appeler ma maman, tout le monde sourit en m’écoutant. Victor m’expliquera qu’on aurait dit que j’étais shootée, je souriais, je pleurais de bonheur, j’étais dans une vraie bulle de douceur.
On attend 2h, elle descend très bien. Puis on s’installe à 22h45, tout le monde a le sourire, tout le monde a hâte de voir notre fille, tout le monde vient voir cette naissance en siège. Des petits regards à travers les 2 portes. Des petites mains qui passent qui soupçonnent des personnes cachées pour observer cet accouchement. Il y a du monde, mais je me sens si bien.
La gynécologue me demande de pousser. Elle m’explique qu’il va falloir pousser fort, bien et plus longtemps que pour Auguste (où j’avais déjà poussé 45 min).
Je regarde Victor, comme pour me nourrir encore de l’énergie dans ses yeux. Je le sais, ça va être unique mais je vais y arriver.
Elle m’explique que sur une contraction on va faire 3 poussées et que c’est à moi de tout faire car toute l’équipe a les mains dans le dos.
C’est parti, je sens la contraction arriver, j’inspire, je bloque, je pousse très longtemps, je suis avec mon bébé.
Je sens mon bébé descendre.
Toute la salle me dit :
« Wahou madame, vous faites un travail magnifique. »
C’est doux, c’est tellement beau, je vois dans les yeux de tout le monde sans exception une lumière.
À la fin de la première poussée je sens un crac. Très vite je reprends mon air immédiatement et j’enchaîne sur une 2e poussée.
Je n’ai pas le temps de terminer cette poussée que :
Je vois mon bébé, ma fille, toute brune, là, devant moi 🤍 Le temps s’arrête, je ne réalise pas, elle est là, en 2 minutes, je suis sur mon nuage.
Je regarde Victor, il est fier, il est heureux. Il a regardé la naissance et a les yeux tout mouillés.
On me demande comment s’appelle mon bébé ?
« Aimée, elle s’appelle Aimée. »
Je pleure d’amour, je me sens si heureuse, une vague m’envahit.
« Merci mon bébé, on l’a fait à deux, à trois, je te l’avais dit que j’étais juste là de l’autre côté, je suis là maintenant pour toute la vie et je te promets de t’aimer et te protéger. »
J’oublie le monde, je suis là, avec mon bébé, il est 23h et ma vie s’est intensifiée de bonheur.
J’ose demander :
« Ai-je une grande déchirure ? »
Là encore on me répond :
« J’ai un tout petit point qui saigne mais en mettant mon doigt ça s’arrête donc il n’y aura rien. »
Tout est parfait, je suis incroyablement heureuse.
Ma fille monte pour téter, Victor prend des photos, le bonheur est là, ça y est.
Chaque minute qui passe est différente, je me sens chanceuse, respectée, puissante. Je suis remplie de fierté.
Depuis, chaque jour qui passe n’a pas changé, je suis tombée amoureuse une troisième fois.
Aimée est arrivée et c’est comme si elle avait toujours été là.
🤍 Aimée [ 3,210 kg, 48,5 cm et un cœur rempli d’amour ] 🤍