Coucou Manon,
Je n’ai jamais pris le temps de t’écrire mon récit de naissance.
Je t’avais envoyé un petit mot rapide sur Instagram, mais je n’avais jamais vraiment pris le temps de poser les mots, de revivre ce moment si fort.
Et puis l’autre jour, en lisant ton récit — puis ceux des autres mamans sur ton site — je me suis dit : mince, il faut que je lui raconte le mien.
Alors j’y vais :
Le calme avant la vague
Depuis trois mois, j’allais tous les vendredis midi à la piscine, à un cours animé par les sages-femmes de la maternité où j’étais inscrite.
Ce vendredi-là, épuisée, malade, le nez complètement bouché à cause d’une sinusite, j’envoie un message pour dire que je reste au chaud.
Je plaisante en disant que je risque de couler sous l’eau 😅
Le dimanche, on reçoit des amis pour le goûter.
Juste avant qu’ils arrivent, je dis à mon conjoint :
« Je vais me laver les cheveux. »
Lui :
« Tu ne peux pas faire ça plus tard ? »
Moi :
« Non, j’y vais maintenant. »
(L’histoire dira que j’ai bien fait !)
Le soir, je m’assois sur mon ballon, je souffle dans le Winner Flow, je regarde des tutos pour comprendre comment m’en servir.
Je ne le sais pas encore, mais tout cela me servira très vite.
La nuit commence…
Vers 2h du matin, une douleur étrange au niveau du pubis me réveille.
Rien à voir avec les contractions que j’avais connues pour ma première.
Je descends pour ne pas réveiller ma fille, je prends un Spasfon, une bouillotte, mais la douleur s’intensifie.
Je réveille mon conjoint.
Je lui dis que je vais me faire couler un bain chaud.
Dans le bain, je me sens bien.
J’écoute tes audios, Manon, et j’entends ta voix me rappeler :
« Il n’y a rien à faire… juste laisser faire »
Mon chéri prépare les affaires, tente d’appeler ses parents pour venir garder notre fille… personne ne répond.
Je commence à paniquer — c’était le scénario que je redoutais le plus.
Il me dit calmement : « Reste dans ta bulle, on va trouver une solution. »
La maternité nous conseille d’appeler le SAMU.
La femme du SAMU me dit qu’elle m’envoie les pompiers, que je dois partir seule. Je refuse.
Je sens que ce n’est pas encore le moment.
Elle insiste, je reste ferme. J’annule les pompiers.
Alors, nous restons tous les deux dans la salle de bain. Lumière éteinte. Juste une bougie — celle offerte lors de mon rituel prénatal — et ta voix dans mes oreilles.
Mon conjoint envoie un message sur un groupe familial.
Par chance, la femme de son cousin se réveille tôt pour aller travailler.
Elle nous dit que sa tante se lève toujours vers 6h30.
Alors on attend.
Je remets de l’eau chaude.
Je souffle.
Je me détends.
La panique redescend, la bulle revient.
Quand je sors du bain, je n’arrive plus à m’habiller.
Mon chéri me lance hyper confiant : « Au pire, tu accouches ici dans la baignoire ! »
J’étais à deux doigts d’y retourner 😅
Pendant qu’il prépare tout, il réveille doucement notre fille.
Bonnet, veste, plaid dans la voiture.
Quand je la rejoins, je croise son regard silencieux, plein de douceur.
Elle ne dit rien, comme si elle comprenait.
« Ça va aller, maman », me dit-elle du regard.
Nous la déposons chez la tante de mon conjoint, puis direction la maternité.
Sur l’autoroute, 20 minutes de trajet.
Tes audios dans les oreilles, mon peigne dans la main.
Chaque respiration me rapproche de ma fille.
Nous arrivons vers 7h.
À l’accueil, je reconnais deux sages-femmes… celles de la piscine !
Je me sens tout de suite en confiance.
« Bonjour Sarah, j’arrive »,
me dit l’une d’elles avec un grand sourire.
Elle me demande : « Vous avez un projet de naissance physiologique ? »
« Je vous vois avec le peigne, j’imagine que oui, je vous laisse dans votre bulle. »
Mon chéri lui tend mon projet (rédigé grâce à ton programme 💛).
Il installe les dessins, la guirlande, notre petite atmosphère.
Lui aussi avait bien suivi ton programme 😉
Je suis dilatée à 3.
Elle hésite à me renvoyer, mais comme nous habitons à 20 minutes, elle me garde.
Je lui demande la baignoire. « Trop tôt », dit-elle.
Je suis un peu déçue, persuadée que le travail avançait plus vite.
Elle m’envoie sous la douche chaude, avec un ballon et une sucette.
Ça me fait un bien fou.
Mon compagnon me masse les lombaires, dirige le jet d’eau brûlante.
Et soudain :
« Sors vite, j’ai envie de faire caca ! »
Je l’appelle aussitôt après :
« Appelle la SF, il y a du sang ! »
Elle vient, regarde, sourit : « C’est le col qui travaille. »
Elle me propose de m’examiner.
« Sarah, vous êtes à 8 ! »
Je n’en reviens pas, elle non plus je crois.
Je n’ai plus la notion du temps.
Elle m’annonce qu’on va aller dans la baignoire.
Impossible d’enfiler mon maillot, la douleur est trop forte.
Elle me dit : « Allez-y nue, ce n’est pas grave. »
Je n’arrive plus à marcher.
Mon conjoint m’aide, on rigole un peu malgré tout.
Et soudain, je dis :
« Stop, j’ai envie de pousser ! »
La sage-femme me regarde : « Je ne peux pas vous dire de pousser… mais si votre corps le dit, écoutez-le. »
Je sens que ça descend.
Étape par étape.
Je sens tout, c’est incroyable, je grogne.
Elle me demande la position que je veux adopter.
« Je ne sais plus », je souffle.
Je n’ai plus de force, je m’allonge.
Elle m’examine et dit :
« Sarah, votre fille est là. Vous pouvez toucher sa tête, sentir ses cheveux. »
La poche n’est pas rompue.
« Vous voulez que je la perce ? »
Je ne sais pas.
« Si je la perce, ça ira très vite. »
Je finis par dire oui — mon seul petit regret.
J’aurais aimé voir mon bébé naître coiffé.
Elle me guide pour pousser.
« Pas comme ça, souvenez-vous des cours de piscine ! »
Et là, déclic : « Aaah oui ! »
Trois poussées.
Elle me dit que c’est parfait.
Je suis ailleurs.
Les yeux fermés.
Et soudain : « Votre fille est là, vous voulez la prendre ? »
Je ne comprends pas tout de suite.
Mon conjoint me murmure :
« Bébé, ça y est. »
J’entends des sanglots dans sa voix.
J’ouvre les yeux.
Je la prends.
Je pleure.
Il est 9h20, Éloïse est là.
Mon chéri coupe le cordon tardivement.
Notre fille prend le sein tout naturellement.
Deux heures de peau à peau, de douceur, de silence.
Puis je retourne dans ma chambre, en marchant, bébé dans les bras.
Les sages-femmes me disent en riant : « Doucement, vous avez accouché il y a deux heures ! »
J’étais sur un nuage. Longtemps.
Tellement que j’en ai été presque nostalgique, en me disant : c’était la dernière fois.
Les gens me prennent pour une folle quand je dis que j’ai adoré accoucher.
Mais c’est vrai.
C’était beau, fort, animal, puissant.
Et je souhaite à toutes les femmes de vivre une naissance aussi magique que celle-ci.
Les gens me prennent pour une folle quand je dis que j’ai adoré accoucher.
Mais c’est vrai.
C’était beau, fort, animal, puissant.
Et je souhaite à toutes les femmes de vivre une naissance aussi magique que celle-ci.
Et merci pour tout, ton programme est une pépite. Nous parlons encore de tes audios et nous les répétons souvent en se remémorant ce jour gravé à jamais.