Coucou Manon,
Ce soir, j’avais envie de te partager mon récit de naissance que je garde précieusement pour ne jamais oublier ce moment. Ton programme m’a fait beaucoup de bien les dernières semaines avant la naissance et pendant la phase de désespérance le jour J. Merci pour tout ça et je te laisse avec mon récit
Samedi 10 janvier
Cela fait déjà près de deux mois que je ressens beaucoup de contractions de Braxton Hicks. Elles ne sont pas douloureuses, mais deviennent de plus en plus gênantes et me provoquent des étourdissements dès que je suis allongée.
Mais très tôt ce matin, quelque chose est différent : les sensations changent, les contractions ressemblent à des douleurs de règles. Est-ce que ce serait enfin le début du travail ?
J’espère toujours secrètement qu’il naisse le 10 janvier, ce chiffre qui revient si souvent dans notre histoire. Je me lève pleine d’espoir… mais au fil de la journée, les contractions s’estompent puis disparaissent. Sans doute un faux travail.
La nuit suivante, même scénario : les douleurs reviennent en fin de nuit. Cette fois, je préfère ne pas m’emballer, on verra bien au réveil.
Dimanche 11 janvier
Je me lève sans trop y penser, mais rapidement dans la matinée, les douleurs reviennent, plus intenses, même si encore irrégulières. Nous sortons jouer un peu avec notre grand. Je gère bien, les contractions ne m’empêchent pas de vivre normalement, mais au fond de moi, je sens que quelque chose a commencé. Je suis presque certaine d’être en pré-travail, et j’ai l’intuition que ce sera pour ce soir ou cette nuit.
En début d’après-midi, je fais une sieste et les contractions deviennent à nouveau très timides. Un peu déçue, nous partons faire une petite balade en famille dans le quartier. Et là, elles reprennent — yes !
J’appelle ma cousine pour lui demander si elle peut venir passer la nuit au cas où nous devrions partir à la maternité.
En rentrant, je décide de mettre toutes les chances de mon côté : montées et descentes d’escaliers, quelques exercices favorisant le travail et, peu de temps après, je perds le bouchon muqueux.
Vers 18 h, les contractions deviennent plus régulières, environ toutes les dix minutes. Je termine la valise de maternité, puis nous dînons et couchons notre grand en lui expliquant que son petit frère a de grandes chances d’arriver cette nuit.
J’appelle la maternité pour les prévenir. La sage-femme me conseille de prendre six Spasfons en quarante minutes afin de vérifier s’il s’agit bien d’un vrai travail. Je suis ses recommandations.
En attendant l’arrivée de ma cousine, je décide de faire un banana bread pour patienter et de prendre une douche chaude.
À la sortie de la douche, les contractions passent à toutes les cinq minutes. Je rappelle la maternité : on me conseille d’attendre qu’elles soient rapprochées à trois minutes et de plus en plus intenses.
Vers 23 h, c’est enfin le cas, chaque respiration m’empêche de parler.
Une fois prêts, nous décidons de partir — le trajet en voiture risquerait sinon d’être compliqué.
Lundi 12 janvier
Minuit. Nous arrivons à la maternité. Sans attendre, Charlotte, la sage-femme de garde, nous installe en salle nature. Je suis soulagée qu’elle soit disponible.
Elle me pose un monitoring sans fil et m’examine une première fois : je suis ouverte à 2 cm, le col n’est pas encore très favorable. Elle décide de nous laisser une bonne heure pour observer l’évolution, avec la possibilité de nous renvoyer chez nous si rien ne change.
Entre deux contractions, je profite du répit pour aménager la salle : j’installe mes guirlandes, j’éteins la lumière pour créer une ambiance tamisée. Je prends quelques photos, mets de la musique dans mes écouteurs et entre doucement dans ma bulle.
Je commence par danser un peu, puis je m’assois sur le ballon et je ressens rapidement le besoin de m’enrouler autour de lui, comme un gros câlin tout en me berçant.
Cela me rappelle les moments où j’écoutais ton audio sur le jour J à la maison. À chaque contraction, je plante le peigne dans la paume de ma main : elles sont de plus en plus puissantes. Grâce à la respiration, je gère très bien, et je commence à vocaliser instinctivement.
À 1 h 30, Charlotte revient m’examiner. Mon col s’est bien raccourci, mais je suis toujours à 2 cm. Le travail semble être en phase de latence. Elle nous propose de monter en chambre, car cela peut encore durer longtemps.
Je suis découragée. J’ai déjà tellement mal que je me demande comment je vais tenir jusqu’à 10 cm, et plus encore si je quitte cette atmosphère douce et sécurisante de la salle nature.
Je demande alors si je peux prendre un bain chaud avant de monter, pour me soulager un peu. Elle accepte et prépare la baignoire.
Vers 2 h, je m’immerge dans l’eau chaude — trop chaude même, je suis en sueur. Je pensais que la chaleur atténuerait la douleur, mais c’est l’inverse qui se produit : les contractions s’intensifient brutalement et deviennent beaucoup plus difficiles à traverser.
Je lance tes audios d’hypnose pendant les contractions, qui m’aident à rester concentrée. J’essaie aussi d’écouter ceux d’entre deux, mais le répit est trop court et je n’ai jamais le temps de les finir.
Puis une contraction immense me traverse et je sens un « pop » entre mes jambes : je viens de perdre les eaux.
À partir de là, tout devient animal. Mon cerveau se déconnecte complètement. Des sons incontrôlables sortent de moi, j’ai l’impression de perdre le contrôle et que je n’y arriverai pas.
Charlotte arrive rapidement en entendant mes cris et demande au papa de l’aider à me sortir de la baignoire pour vérifier mon col, mais je suis incapable de me lever. Je sens déjà que mon corps pousse tout seul. À mon regard, elle comprend immédiatement : le bébé arrive.
Elle part chercher de l’aide et elles reviennent à deux. Charlotte m’examine tant bien que mal, un bras dans l’eau, dans la pénombre, et me confirme que la tête est là.
À la contraction suivante, je ressens le fameux cercle de feu, une brûlure intense. Cette poussée ne suffit pas à faire passer la tête : il faut attendre la suivante.
À ce stade, les contractions m’apportent plus de soulagement que de douleur. Mon corps sait exactement quoi faire. Je pousse instinctivement, sans consigne, ce sont ces fameuses poussées réflexes.
Une nouvelle contraction, et la tête sort enfin. Les épaules suivent toutes seules. Je récupère moi-même mon bébé dans ce bain chaud et le pose contre moi. C’est irréel.
Je n’en reviens pas : je l’ai fait. Il est là, tout chaud, tout humide contre ma poitrine. J’ai l’impression que mon cœur explose en un feu d’artifice d’amour une seconde fois.
Il est 2 h 51. Tout s’est accéléré à une vitesse folle.
Il pleure un petit peu, puis très vite, on remarque qu’il devient pâle. Après vérification du cordon, on réalise qu’il s’est arraché juste au-dessus de son nombril et qu’il perd donc du sang.
L’équipe présente prend mon bébé tout en restant dans la salle pour clamper rapidement le cordon et stopper l’hémorragie. Personne n’a compris comment cela était arrivé, mais je suis reconnaissante d’avoir été à l’hôpital pour la prise en charge rapide.
De mon côté, encore un peu sous le choc, je sors du bain avec de l’aide, mon ventre est couvert de sang, une vision que je n’oublierai pas, je crois. Les émotions redescendent et mon corps tremble de façon incontrôlable.
Le temps de la délivrance du placenta et de me recoudre, bébé fait son premier peau à peau avec son papa, car je me sens trop fébrile. Environ une heure et demie plus tard, on me le pose enfin sur la poitrine pour la première tétée. Je suis épuisée, mais infiniment heureuse de rencontrer mon fils.
Vers 5 h du matin, nous remontons en chambre. À trois.
Pendant tout le travail, j’ai avancé très intérieurement et seule, un peu à l’image de cette grossesse compliquée pendant laquelle la dépression s’est invitée chez nous… Papa était présent en arrière-plan, silencieux, me laissant traverser chaque étape par moi-même.
Je me suis appuyée sur mon souffle, mon corps et mon instinct, sans aucun autre soutien que le mien. Cette expérience m’a montré à quel point j’étais capable : j’ai donné naissance à mon bébé en étant pleinement actrice, en allant jusqu’au bout de mon projet de naissance physiologique.
Aujourd’hui, je ressens de la fierté pour ce chemin parcouru et pour la force que j’ai trouvée en moi ce jour-là. Alors pour tout ça, merci, merci… c’était magique !
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